On ne planifie pas sa retraite de la même façon si l'on pense vivre jusqu'à 75 ans ou jusqu'à 90 ans. Pourtant, la plupart des gens sous-estiment considérablement leur espérance de vie — et donc sous-estiment le capital nécessaire pour la financer. C'est l'angle mort de la planification patrimoniale.
Les chiffres réels — l'espérance de vie à 60 ans
En France, l'espérance de vie à la naissance est de 79,4 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes en 2025. Mais ce chiffre global masque une réalité plus importante pour la planification retraite : l'espérance de vie à 60 ans.
| Âge actuel | Espérance de vie supplémentaire (hommes) | Espérance de vie supplémentaire (femmes) |
|---|---|---|
| 60 ans | +24 ans → 84 ans | +28 ans → 88 ans |
| 65 ans | +20 ans → 85 ans | +24 ans → 89 ans |
| 70 ans | +16 ans → 86 ans | +20 ans → 90 ans |
Autrement dit : une femme qui part à la retraite à 63 ans a une espérance de vie statistique de 26 ans supplémentaires. Elle doit financer 26 ans de retraite, dont une partie à des revenus réduits.
Le risque de longévité — le grand oublié de la planification
Le risque de longévité, c'est le risque de survivre à son patrimoine. Il est systématiquement sous-estimé pour deux raisons. Le biais d'ancrage : on pense souvent à l'âge de décès de ses parents — qui étaient d'une génération différente avec une espérance de vie plus courte. Les progrès médicaux ont allongé régulièrement l'espérance de vie de 3 mois par an pendant des décennies.
La sous-estimation de la durée de dépendance : les dernières années de vie peuvent nécessiter des soins coûteux (EHPAD, aide à domicile). Le coût mensuel moyen d'un EHPAD en France est d'environ 2 000 à 3 500 € par mois selon la région, pour un reste à charge de 1 500 à 2 500 €. Sur 4-5 ans de dépendance, c'est 72 000 à 150 000 € à prévoir.
Ce que ça implique pour vos calculs de retraite
Si vous planifiez votre retraite à 63 ans avec un horizon de vie à 80 ans, vous prévoyez 17 ans de retraite. Si vous vivez jusqu'à 90 ans, il vous manque 10 ans de financement — potentiellement 150 000 à 300 000 € selon votre train de vie. La règle pratique : planifiez jusqu'à 90 ans pour les hommes et 95 ans pour les femmes. Pas parce que vous vivrez forcément aussi longtemps, mais parce que le coût d'une planification trop courte est catastrophique, et le coût d'une planification trop longue est nul — vous laissez un héritage.
Les leviers pour gérer le risque de longévité
Les rentes viagères : contrairement aux retraits en capital, une rente viagère est versée à vie, quel que soit l'âge de décès. Elle transfère le risque de longévité à l'assureur. L'inconvénient : irréversibilité et absence de capital transmissible.
Le PER en sortie rente : à la retraite, le PER peut être liquidé en rente viagère plutôt qu'en capital. Solution intermédiaire : sortie partielle en capital (pour les projets), reste en rente (pour couvrir les dépenses courantes longues).
L'assurance dépendance : contrats spécifiques qui versent un capital ou une rente mensuelle en cas de perte d'autonomie. À souscrire idéalement avant 60 ans, quand les primes sont encore modérées.
L'immobilier en viager : pour les propriétaires, le viager permet de monétiser la valeur d'un bien tout en restant dedans, avec un bouquet initial et une rente mensuelle. Solution sous-utilisée mais pertinente pour certains profils.
Ce qu'il faut retenir
La question n'est pas 'combien vais-je toucher comme retraite ?' mais 'combien d'années ai-je à financer, et avec quels revenus ?' Répondre honnêtement à cette question change radicalement les décisions de capitalisation à prendre aujourd'hui.
C'est l'un des exercices fondamentaux d'un bilan patrimonial orienté retraite.