Pendant des années, la question était 'faut-il encore garder son fonds en euros ?' avec un sous-entendu clair : non. Les taux étaient tellement bas qu'après inflation et prélèvements, le rendement réel était nul ou négatif. Puis les taux ont remonté. Et avec eux, les fonds euros ont retrouvé une logique. Voilà où on en est vraiment.
La remontée : les chiffres réels
En 2024, le taux de rendement moyen des fonds en euros a atteint 2,60 % selon l'ACPR. En 2025, il est resté relativement stable à 2,65 %. Après le point bas à 1,30 % en 2021, c'est un rebond net — même si on reste loin des 4-5 % des années 2000. Mais la moyenne cache des écarts considérables. Dans le top des meilleurs taux 2025 avec accès possible 100 % fonds euros, on trouve des rendements allant de 3,50 % à 3,75 % chez certains assureurs mutualistes. Pour obtenir des rendements plus élevés, il faut accepter d'investir une part en unités de compte.
Pourquoi les taux ont remonté — et pourquoi ça ne durera peut-être pas
La révolution vient de la Banque centrale européenne. Quand la BCE a relevé ses taux (de 0 % à 4 % entre 2022 et 2023), les nouvelles obligations émises par les États et les entreprises ont rapporté davantage. Les assureurs ont progressivement investi dans ces obligations mieux rémunérées, boostant mécaniquement les rendements des fonds euros. Mais depuis 2024, la BCE a commencé à baisser ses taux directeurs. Si ce mouvement se poursuit, cela influencera directement la rentabilité des nouvelles obligations que les assureurs peuvent intégrer dans leurs portefeuilles — et donc, à terme, le rendement des fonds euros. Les réserves moyennes des assureurs sont passées de 4,41 % fin 2023 à 3,91 % fin 2024. Certains assureurs ont puisé dans leurs provisions pour maintenir des taux attractifs — ce qui n'est pas indéfiniment tenable.
La vraie question : le rendement réel après inflation et fiscalité
Un fonds en euros à 2,60 % brut ne rapporte pas 2,60 %. Il faut déduire les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026 — à noter : l'assurance-vie reste à 30 % global, non touchée par la hausse du PFU) et l'inflation (autour de 1,5-2 % selon les projections 2026). Un fonds à 2,60 % brut donne environ 1,6-1,8 % net de prélèvements sociaux — soit un rendement réel proche de zéro après inflation. Ce n'est pas une raison de fuir le fonds euro, mais c'est une raison de ne pas s'y limiter.
Ce que le fonds euro fait bien — et ce qu'il ne fait pas
Ce qu'il fait bien : garantie du capital (effet cliquet — les gains sont définitivement acquis chaque année), fiscalité attractive après 8 ans (abattement de 4 600 € ou 9 200 € par an), outil de transmission privilégié hors succession (152 500 € par bénéficiaire avant 70 ans), socle de sécurité dans une allocation diversifiée.
Ce qu'il ne fait pas : protéger contre l'inflation sur le long terme surtout net de fiscalité, remplacer une stratégie d'investissement diversifiée pour un horizon supérieur à 10 ans, offrir un rendement équivalent aux marchés actions sur longue période.
L'arbitrage intelligent en 2026
Le fonds euro n'est ni mort ni suffisant seul. La bonne logique est de le positionner comme socle de sécurité dans une allocation diversifiée — et d'y adosser des unités de compte adaptées à votre profil pour chercher de la performance sur la partie à long terme. La proportion fonds euro / unités de compte dépend de votre horizon de placement, votre tolérance au risque, et vos objectifs. Il n'y a pas de ratio universel.
C'est précisément ce type d'arbitrage qu'on construit lors d'un bilan patrimonial.