Avertissement — Les investissements présentés comportent un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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« On verra ça plus tard. » C'est souvent la réponse quand on évoque la transmission de son vivant. Donner de l'argent à ses enfants paraît prématuré, presque gênant — comme si on organisait sa propre succession trop tôt. Pourtant, c'est exactement l'inverse : plus on s'y prend tôt, plus c'est efficace, et plus on garde la main. La loi prévoit des abattements généreux, mais ils ne se rechargent que tous les 15 ans. Chaque année d'attente est une cartouche perdue.

L'abattement de 100 000 € se recharge tous les 15 ans
Par parent et par enfant. Donner tôt et plusieurs fois démultiplie le montant transmis sans droits.
100 000 €
Aujourd'hui
15 ans →
100 000 €
+ 15 ans
15 ans →
100 000 €
+ 30 ans
En commençant tôt, un parent peut transmettre 300 000 € par enfant en trois vagues, totalement exonérés de droits — là où une transmission tardive, en une fois, serait lourdement taxée. Le couple double la mise (200 000 € par enfant à chaque vague).

Ce qu'il faut comprendre en deux lignes

Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chaque enfant sans aucun droit à payer, et cet abattement se recharge tous les 15 ans. À cela s'ajoute un « don familial » de 31 865 € en argent, cumulable. Au-delà, un barème progressif s'applique, mais il reste modéré dans la grande majorité des cas.

L'abattement de 100 000 € par enfant

C'est le pilier de toute transmission anticipée. En ligne directe (parent vers enfant), chaque parent peut transmettre jusqu'à 100 000 € à chacun de ses enfants en franchise totale de droits (CGI art. 779). Le point crucial : cet abattement s'apprécie par couple parent/enfant. Concrètement, un couple avec deux enfants peut donc transmettre 100 000 € × 2 parents × 2 enfants = 400 000 € sans le moindre droit.

Et il se reconstitue : l'abattement se recharge intégralement tous les 15 ans. Un couple qui donne 200 000 € à un enfant aujourd'hui pourra recommencer 15 ans plus tard, en franchise à nouveau. C'est précisément pour cette raison que le temps est votre meilleur allié — chaque période de 15 ans entamée tôt est une fenêtre d'exonération gagnée.

Le don familial de sommes d'argent, ou « don Sarkozy » (art. 790 G)

En plus de l'abattement de 100 000 €, il existe un dispositif spécifique aux dons d'argent : le don familial de sommes d'argent, souvent appelé « don Sarkozy » (du nom du président sous lequel il a été instauré). Il permet de donner jusqu'à 31 865 € en numéraire (espèces, virement, chèque) totalement exonérés, et il se cumule avec l'abattement de 100 000 €. Deux conditions à respecter : le donateur doit avoir moins de 80 ans, et le bénéficiaire doit être majeur (enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant ; à défaut de descendance, neveu ou nièce).

Cumulé à l'abattement classique, un parent de moins de 80 ans peut donc transmettre à un enfant majeur 100 000 € + 31 865 € = 131 865 € sans droits — et autant pour l'autre parent. Ce don familial se recharge lui aussi tous les 15 ans.

Au-delà des abattements : le barème des droits

Si vous donnez plus que les abattements, seul l'excédent est taxé, selon un barème progressif en ligne directe :

Part taxable (après abattement)Taux
Jusqu'à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 12 109 €10 %
De 12 109 € à 15 932 €15 %
De 15 932 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Comme pour l'impôt sur le revenu, ces taux s'appliquent tranche par tranche : la grande majorité des donations en ligne directe se règle dans la tranche à 20 %, qui couvre tout jusqu'à 552 324 € de part taxable. C'est la même logique que celle qui régit les droits de succession en ligne directe. Estimez les droits sur votre cas avec notre simulateur de donation/succession.

Pourquoi donner tôt change tout

Le premier levier, on l'a vu, est le renouvellement tous les 15 ans : commencer à 55 ans plutôt qu'à 70 ans, c'est s'offrir une fenêtre d'exonération supplémentaire. Le deuxième levier est le démembrement. En donnant la nue-propriété d'un bien tout en conservant l'usufruit (le droit d'en jouir ou d'en percevoir les revenus), vous ne transmettez fiscalement qu'une fraction de la valeur, déterminée par votre âge selon un barème officiel (CGI art. 669) : plus vous donnez jeune, plus la nue-propriété taxée est faible. Au décès, l'usufruit s'éteint et l'enfant devient plein propriétaire, sans droits supplémentaires.

Le troisième levier est souvent oublié : tout ce que vous donnez aujourd'hui sort de votre patrimoine futur, plus-values comprises. Si vous donnez 100 000 € qui en vaudront 200 000 € dans vingt ans, c'est la valeur du jour de la donation qui sert de base — la plus-value future échappe totalement aux droits. C'est aussi l'esprit de montages plus fins comme la donation graduelle ou résiduelle.

Les bons réflexes

  • Faites le compte : 100 000 € par parent et par enfant, rechargeables tous les 15 ans — planifiez à partir de là.
  • Cumulez l'abattement avec le don familial de 31 865 € tant que vous avez moins de 80 ans.
  • Déclarez chaque donation (même exonérée) pour faire courir le délai de 15 ans : c'est la date qui compte.
  • Pensez au démembrement pour transmettre un bien immobilier à moindre coût fiscal.
  • Ne vous dépouillez pas : ne donnez que ce dont vous êtes sûr de ne pas avoir besoin — c'est irrévocable.
  • Anticipez l'impact de la réforme des droits de succession attendue avant de figer une stratégie.

Ce qu'il faut retenir

Donner de son vivant n'est pas se dépouiller : c'est utiliser des fenêtres fiscales qui ne se rechargent que tous les 15 ans. 100 000 € par enfant et par parent, un don familial de 31 865 € en plus, le démembrement pour l'immobilier : bien orchestrés, ces outils permettent de transmettre des sommes importantes en franchise quasi totale. La seule vraie erreur, c'est d'attendre.

Construire un calendrier de donations adapté à votre patrimoine et à votre âge, c'est l'un des objets concrets d'un bilan patrimonial.

Avertissement. Cet article est informatif et pédagogique ; il ne constitue pas un conseil personnalisé. Tout investissement comporte un risque de perte en capital, et la fiscalité dépend de votre situation, susceptible d'évoluer. Les montants 2026 cités doivent être confirmés sur les sources officielles avant toute décision.

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Sources : Service-Public (DILA) — fiches sur les donations et le don familial de sommes d'argent ; Code général des impôts art. 779, 784, 790 G et 669 ; loi de finances pour 2026. Chiffres à confirmer sur impots.gouv.fr avant toute décision.
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